Connaitre les publics

  • Y a-t-il de mauvaises lectures ?

La question de la légitimité et de la valeur des œuvres littéraires n’est pas propre aux productions pour la jeunesse : il y a d’un côté la littérature dite « générale », « patrimoniale » ou « classique », en ceci qu’elle est consacrée par son entrée dans les programmes scolaires ; de l’autre, on trouve les littératures dites « populaires » ou « de genre » : littérature sentimentale, littératures de l’imaginaire ou constellation du polar [voir le questionnement : « Comment aborder la littérature de jeunesse en ses différents genres ? »]. La littérature de jeunesse appartient, pour une petite part, à la première, pour son immense majorité, à la seconde. Si l’on excepte Les Aventures de Télémaque de Fénelon, les Fables de La Fontaine, les Contes de Perrault, des Grimm ou d’Andersen, quelques romans de Jules Verne, peu d’ouvrages pour la jeunesse ont jamais eu droit de cité dans le panthéon littéraire. Certains des plus grands succès de librairie ont totalement sombré dans l’oubli quelques décennies à peine après leur publication. Pire : un ouvrage qui trouve un large public est aussitôt taxé de « commercial », et perd tout crédit auprès des instances de légitimation. Pour être une œuvre d’art, il faudrait s’adresser à un public restreint, une élite détentrice du bon gout. Le discrédit porte souvent sur des genres entiers (le polar, la fantasy), voire des médias (la bande dessinée, le manga), mais peu d’analyses visent à proposer des critères qui permettraient de faire le départ entre bonnes et mauvaises œuvres au sein de ces grandes catégories.

Par ailleurs, la question de la valeur littéraire n’est pas la seule à se poser : la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée en 2011, précise en effet que les publications destinées à la jeunesse « ne doivent comporter aucun contenu présentant un danger pour la jeunesse en raison de son caractère pornographique ou lorsqu’il est susceptible d’inciter à la discrimination ou à la haine contre une personne déterminée ou un groupe de personnes, aux atteintes à la dignité humaine, à l’usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants ou de substances psychotropes, à la violence ou à tous actes qualifiés de crimes ou de délits ou de nature à nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral de l’enfance ou la jeunesse. Elles ne doivent comporter aucune publicité ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse. » Ce n’est pas la valeur littéraire qui est ici questionnée, c’est la valeur morale et éducative : certaines œuvres littéraires, dangereuses, pourraient avoir une mauvaise influence sur le jeune public. Pourtant, des productions contemporaines, considérées parfois comme plus adultes, proposent aujourd’hui des contenus amoraux, voire immoraux, qu’on pense à certains mangas pour jeunes filles, ou à certains romans de dark fantasy. Quel est l’effet produit sur le·la lecteur·rice ? Pourquoi les lisent-il·elles·s ? Ces œuvres « démoralisent »-elles la jeunesse ? Sont-elles dangereuses ?

Cette section se propose donc d’accueillir
– des réflexions sur les critères de valeur littéraire des œuvres littéraires pour la jeunesse, en confrontant ceux des jeunes et ceux des prescripteur·rice·s, sur les pistes d’exploitation, dans les classes ou les bibliothèques, des œuvres considérées comme « illégitimes » au regard du panthéon classique.
– des réflexions sur la valeur éducative et morale des œuvres littéraires pour la jeunesse. A-t-on raison des censurer le langage et le contenu des œuvres pour la jeunesse ? Quel est l’effet produit par les œuvres amorales, ou immorales, lorsqu’elles tombent entre les mains de jeunes lecteur·rice·s ?

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